Une ode au béton

Minimalisme et déclinaison de béton, dans cette maison unique réalisée par l’architecte…

Minimalisme et déclinaison de béton, dans cette maison unique réalisée par l’architecte Patrice Cagnasso de l’agence AR Quo.

Les propriétaires de ce bien d’exception, ayant souhaité s’installer en région toulousaine, se sont naturellement tournés vers l’architecte Patrice Cagnasso qu’ils aiment à surnommer « le maître du béton ». Après 18 mois de travaux, ils ont pu emménager en novembre dernier dans cette maison qu’ils jugent : « facile à vivre et correspondant en tout point à la demande initiale ». 

Maison béton
©Philippe Rol

Une maison née du génie des lieux

Bien que donnant l’impression d’avoir toujours été là, cette maison a été bâtie sur un terrain de 256 m2 qui abritait une petite habitation que les propriétaires n’ont pas souhaité conserver. Ces derniers avaient en effet une idée bien précise de ce qui les faisait rêver : « une maison à l’image d’un dessin d’enfant, d’une apparente simplicité ». Pour répondre à leur demande, Patrice Cagnasso confie s’être inspiré du génie des lieux. Un projet unique qu’il a pu concevoir en concertation avec les Bâtiments de France. 

La bâtisse, d’une surface de 165 m2 et un garage de 20 m2, épouse les courbes du terrain en pente grâce à un rez-de-chaussée en demi-niveaux. Pour que l’harmonie soit totale, les propriétaires, qui souhaitaient initialement un toit terrasse, ont finalement préféré un toit double pente. Le résultat est à la hauteur du projet, s’intégrant à merveille dans son environnement tout en se distinguant par son élégante sobriété.

Less is more

béton
©Philippe Rol

Une sobriété apparente qui cache en réalité un grand souci du détail. Faire simple étant sans doute ce qu’il y a de plus compliqué. « Less is more » est le crédo qui a guidé ce projet, comme nous le confie le propriétaire. Minimalisme et mariage de matériaux bruts façonnent l’identité de cette maison. Le béton domine, marié au bois et au métal. 

Pour que cette bâtisse ne soit pas associée au style industriel, ni à la froideur de certains espaces de bureau, il aura fallu trouver l’équilibre et casser les codes en apportant de la douceur. Chaque élément a une raison d’être, la technique faisant même office de décoration assumée. C’est notamment le cas des gaines de la climatisation réversible, laissées volontairement apparentes. « De la simplicité et aucune gesticulation inutile, c’est ainsi que j’ai pensé le projet » précise Patrice Cagnasso.

Déclinaison de béton

béton
©Philippe Rol

Cette maison pourrait être une ode au béton, décliné sous cinq formes. On le retrouve tout d’abord en version bilame sur les façades périphériques. Autrement dit, une succession de parois en béton armé, maintenues et espacées par des raidisseurs métalliques. Tous les autres murs sont coulés en place, avec une finition bouchardée à l’extérieur. Le résultat est épuré, d’une simplicité revendiquée. 

Dans le puits de jour, autour duquel s’articulent les différentes pièces, le béton bouchardé est associé au béton bilame pour un contraste marqué entre l’aspect lisse du bilame, et rugueux du bouchardé. Cela a pour effet d’apporter du relief et de la texture, ainsi qu’une minéralité brute en adéquation avec la composition végétale du patio. De retour à l’intérieur, les murs sont faits en béton banché, c’est-à-dire armé et coulé entre deux éléments de coffrage verticaux. Au plafond, du béton à la planche de bois fait écho à la présence de cet autre matériau, et confère au béton un aspect organique. Le sol, en béton ciré, apporte quant à lui une touche de brillance.

Douceur et brutalisme

Une ode au béton
©Philippe Rol

Ce bien est également l’expression d’une certaine dualité, entre douceur et brutalité. Le béton y apparait dans toute sa délicatesse, associé avec ingéniosité à d’autres éléments. Le blanc est omniprésent, notamment au travers des gaines de la climatisation réversible peintes dans cette couleur génératrice de clarté. Grâce à cet équilibre, souhaité par l’architecte et les propriétaires, le rez-de-chaussée est à la fois lumineux et chaleureux. 

Un équilibre trouvé également au travers d’un jeu de matières. Des voilages écrus, suspendus tout le long de la baie vitrée, marquent la séparation entre l’intérieur et l’extérieur de la maison, tout en jouant un indispensable rôle phonique dans la pièce à vivre. Il en résulte une atmosphère douce et gracieuse, montrant le béton sous son meilleur jour dans une dualité maîtrisée.

Lumière et perspectives

Maison béton
©Philippe Rol

Dès la porte d’entrée, le regard est happé par un habile jeu de perspectives. Les tuyaux de la climatisation réversible, qui se prolongent jusqu’à la baie vitrée, sont une invitation à pénétrer dans la maison. Des LED, dissimulées entre les gaines peintes en blanc et le plafond, renforcent cette impression. Un effet de perspective accentué par l’escalier tout en légèreté qui mène au premier étage, ainsi que par le demi-niveau qui marque la séparation entre l’entrée et la pièce à vivre. 

L’escalier, en métal blanc, a été pensé pour laisser passer la lumière provenant du patio contre lequel il est situé. Un patio initialement créé pour assurer un recul suffisant avec la fenêtre en façade de la maison voisine. De cette contrainte est né l’un des éléments forts du projet, le poumon vert de l’habitation, source de lumière et de singularité.

Clarté et convivialité dans la pièce à vivre

Une ode au béton
©Philippe Rol

De la pièce à vivre, composée du salon, de la salle à manger et de la cuisine, émane une certaine douceur. Un poêle à bois, qui se dresse contre le mur du salon, apporte encore plus de convivialité à cet espace ouvert. Le canapé et les assises, entièrement noirs, contrastent avec les teintes claires dominantes. Une dissonance qui rythme la pièce à vivre et permet de définir clairement l’espace salon. 

La salle à manger se distingue quant à elle par une table pensée et dessinée par les propriétaires. Taillée dans un chêne, vieux de 200 ans, par le menuisier intervenu sur le chantier, elle a été équipée de pieds métalliques réalisés sur mesure par le ferronnier. Une pièce unique éclairée par une suspension design et minimaliste. Côté cuisine, le mobilier a été réalisé dans un bois clair et rosé qui répond au plafond en béton à la planche. 

Brouiller les frontières

Une ode au béton
©Philippe Rol

L’extérieur s’invite dans la pièce à vivre, ainsi que dans le reste de la maison, grâce au patio et à la grande baie vitrée accordéon de dix mètres. L’habitation donne ainsi l’impression d’avoir été sculptée, voire creusée dans le béton, brouillant les frontières entre l’intérieur et l’extérieur de la bâtisse. Une impression accentuée par la continuité du sol en béton ciré sur la terrasse de la cour sud, où se trouve la piscine à fond noir. Pour y accéder, il faut emprunter des pas japonais disposés au milieu du gazon. 

Depuis la cour, il est possible d’apercevoir la double peau en béton ayant pour but de préserver l’intimité du premier étage. Grâce à deux grandes ouvertures protégées par une rambarde en verre, ainsi qu’à l’absence de toit et de murs latéraux, cette double peau laisse filtrer la lumière naturelle. L’espace terrasse, entre la façade sud et la double peau, a été réalisé en caillebotis métallique pour toujours plus de luminosité.

Des chambres claires et lumineuses

La terrasse est accessible depuis les deux chambres d’enfants, situées au premier étage, qui profitent d’une belle luminosité grâce à de grandes baies vitrées. Elles disposent d’une salle d’eau, située sur le palier, qui se distingue par une grande clarté grâce à une vitre ouverte sur le patio. 

Une clarté renforcée par les zelliges blanc nacré de la douche à l’italienne et la robinetterie couleur bronze. Au mur, un sèche-serviette monumental, dessiné par l’architecte, prend place aux côtés d’un élégant meuble de salle de bain trouvé chez Porcelanosa. L’étage, qui dessert également une suite parentale et une chambre d’amis au nord, se distingue par un parquet effet chêne vieilli au sol.

Lumière zénithale dans la suite parentale

La suite parentale profite de l’unique fenêtre de la façade nord, délibérément simple et très fermée. Cette suite dispose d’un dressing blanc et épuré. Situé dans une pièce adjacente, il mène à la salle de douche presqu’identique à celle de la chambre des enfants. Seuls les zelliges blancs ont été choisis dans une finition mate et non nacrée. 

Deux ouvertures de toit, l’une dans la chambre parentale et la seconde dans la salle de bain, offrent à la suite parentale un bel éclairage zénithale. La chambre d’amis, faisant aussi office de bureau, profite de son côté d’une belle luminosité grâce à une grande ouverture sur le patio. Cette maison familiale a définitivement réussi son pari d’être à la fois minimaliste et facile à vivre.

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