Julia Forma, Illustratrice, peintre et muraliste

Artiste multi-supports, Julia Forma a pour seule limite sa créativité. Une créativité…

Artiste multi-supports, Julia Forma a pour seule limite sa créativité. Une créativité dont elle ne semble pas manquer. Fil rouge de son travail, des silhouettes de femmes, douces et intrigantes. 

Dès l’âge de 6 ans, Julia s’est mise à dessiner et ne s’est plus jamais arrêtée. Elle en a d’ailleurs fait son métier en devenant graphiste, bien qu’elle souhaite désormais se consacrer entièrement à la création. L’art ne l’a jamais lâchée. Du strict noir et blanc sur une feuille de papier, elle est passée au graffiti, au collage et à la peinture, ne comptant pas s’arrêter là. Rencontre.

Julia Forma, Illustratrice, peintre et muraliste
©Julia Forma

Pourquoi le graff ?

Enfant, je regardais les murs de ma ville. J’y voyais les dessins de Miss Van, Mlle Kat et Fafie.

Un jour, mon père m’a amenée dans une expo de Miss Van et j’ai eu la chance de lui parler. J’ai un lien affectif avec le graffiti. Dès que je suis entrée dans cet univers, on m’a dit qu’il fallait que je me trouve un blaze. En choisissant Forma, j’aimais le fait qu’on ne se doute pas qu’il s’agisse d’une fille. Et pourtant, j’ai quand même souhaité y ajouter Mlle ! Quelque temps plus tard, j’ai intégré le SGX crew avec trois autres graffeuses : Wuna, Hope et Rima.

Julia Forma, Illustratrice, peintre et muraliste
©Julia Forma

Comment est arrivé le papier ?

Un jour, j’ai fait un rejet et je me suis mise à l’affichage. D’une certaine façon, j’avais l’impression de déranger les gens avec le graff. L’affichage a l’avantage d’être facile à enlever. Lorsqu’au Portugal j’ai collé des dessins de femmes en costumes traditionnels, les passants me félicitaient. J’avais cette envie de renvoyer une meilleure image. Que l’on ne perçoive plus mon travail comme une dégradation, mais qu’il reflète un message, un engagement. L’affichage c’est aussi le plaisir de s’approprier un endroit, de se donner une place dans la rue. Et surtout de redonner une place aux femmes dans la rue la nuit.

D’où vient cette importance accordée à la femme ?

Il y a un côté féministe dans mes œuvres, bien que je ne le revendique pas. J’ai simplement envie de donner une belle place à la femme. Lors de mes études, je me suis formée en sociologie du genre. Plus jeune, j’étais persuadée que tout était acquis pour la femme alors qu’en réalité, il reste beaucoup de boulot jusqu’à l’égalité. Ce que je fais aujourd’hui est au croisement du graphisme et de la sociologie. J’ai débuté avec de l’illustration au travers de la série « Divines », des portraits de femmes connues. Le rapport qu’entretenaient ces icônes avec le domaine artistique m’intéressait beaucoup. C’est un milieu qui a longtemps privé les femmes de la reconnaissance qu’elles méritaient.

Des artistes phares ?

Julia Forma, Illustratrice, peintre et muraliste
©Julia Forma

J’ai grandi avec Van Gogh mais le vécu des artistes m’intéresse presque davantage que leurs œuvres. J’ai notamment lu les biographies de Frida Kahlo, Edith Piaf, Janis Joplin, Billie Holiday… peut-être pour voir comment leurs difficultés ont pu influencer leur art.

Le processus créatif ?

Je travaille par série. Quant aux silhouettes que je dessine, elles sont souvent inspirées de peintures. J’ai besoin de matière car il est très dur d’inventer un mouvement. J’apprécie d’ailleurs de travailler avec des modèles car elles prennent des positions auxquelles je n’aurais pas pensé. Chaque personne a une gestuelle qui lui est propre.

Un matériau de prédilection ?

J’en découvre tous les jours. Je change donc d’avis tous les jours également ! Il y a 10 ans, j’aurais répondu le papier. Mais aujourd’hui, j’aime le fer pour son toucher, et le bois pour le plaisir que j’ai à le découper.

3femmes
©Julia Forma

Une couleur ?

Le noir allié à d’autres couleurs, et notamment à l’ocre qui s’accorde avec tout. Une teinte que j’aime pour son côté naturel, entre le pigment de la peau et la terre. Bien que je me sois mise à la couleur, le noir est toujours présent dans mes illustrations. C’est lui qui souligne mes silhouettes. J’ai eu le déclic de la couleur pendant le confinement car j’avais chez moi des toiles et des pots de peinture. Alors que pendant des années je défendais le message pur et dur, munie d’un simple stylo noir et d’une feuille, cela m’a plu.

Des aspirations ?

Le fer m’appelle de plus en plus. J’ai eu l’occasion de m’initier à cette pratique avec Rémi Lesbordes lors de l’exposition Mister Freeze. Il m’a montré comment le découper et m’a donné envie de transposer mes dessins en découpe de fer. Lorsque Cédric Reso m’a ouvert les portes de Mister Freeze, j’étais ravie qu’il m’accorde cette confiance, même si j’ai passé deux semaines assise sur une chaise au milieu de murs blancs ! Puis un jour, j’ai eu un déclic. J’ai d’ailleurs été touchée par la démarche de Cédric Danjean, de La Maison de la Peinture, qui a souhaité donner un dernier souffle à ce lieu avant sa démolition. Pour le remercier, j’ai réalisé deux silhouettes sur le grand mur situé à côté de son nouveau magasin.

Des projets ?

Il y a un an j’ai déménagé au Pays Basque. Je viens d’ailleurs d’ouvrir un atelier à Biarritz avec Waroox, un artiste réunionnais.

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