Sébastien Marsillon, l’art libre et captivant

Rendez-vous place du Salin à Toulouse, où nous découvrons bien curieux collages éphémères. 

Quand avez-vous débuté les collages ? 

Cela fait déjà cinq ans. J’ai commencé par détourner un lampadaire cerf que je refaisais chez moi. L’idée de sublimer l’objet et de lui donner une autre allure me plaisait. Ensuite, je suis passé aux collages en 2D, avec plusieurs personnages découpés dans des magazines. 

Quand vous est venue l’idée des collages en cercle ? 

En 2015, j’ai décidé de partir sur une idée de cercle coloré et symétrique. Mais ce n’est qu’en mai 2017 que je me suis lancé dans l’expression libre avec un vrai projet. J’étais passé plusieurs fois devant la place du Salin à Toulouse, sans voir qu’il y avait un panneau d’expression libre. J’ai eu envie de le mettre en valeur, de le rendre vivant et visible aux yeux de tous. 

Quelle est votre démarche ? 

J’en avais tout simplement marre des accumulations de vieilles publicités dans la boîte aux lettres, instantanément jetées par les personnes qui les reçoivent. C’est une façon pour moi de dénoncer cela en les affichant sur de grands panneaux. 

Comment créez-vous ces panneaux ? 

Chaque projet est un mélange de graff et de collage. Tout d’abord, je découpe un cercle de 80 centimètres de diamètre sur des feuilles A3 collées ensemble. Ensuite, je découpe des morceaux de maga- zines ou de prospectus de même teinte, suivant la couleur que je souhaite mettre en avant dans mon collage. Pour ce qui est du fond, il s’agit de bombe aérosol que j’applique directement sur le panneau, comme un graffiti. 

Vous nous présentez votre première série de collages éphémères ?

Il s’agit du projet Nexus. Pour cette série, j’ai travaillé sur la couleur. Des cercles de toutes les couleurs, sans couleur, en sépia, à partir des modes colorimétriques RVB (rouge, vert, bleu) et CMJN (cyan, magenta, jaune, noir), des couleurs complémentaires… Le dernier est quant à lui un peu différent puisqu’il a été entièrement réalisé avec des prospectus faisant référence à la ville de Toulouse. 

Vous arrivez à récupérer vos œuvres après les avoir exposées sur la place du Salin ?

Oui, pour le moment je les ai toutes récupérées ! Et quand elles sont un peu abîmées, je m’occupe de les remettre en état. Ce n’est pas facile de les garder intactes. Un jour, à peine après avoir posé mon collage sur le panneau, il était déjà recouvert d’une affiche publicitaire ! 

Que comptez-vous faire de ces premiers collages ? 

Pour moi, l’aboutissement du projet Nexus serait de créer une horloge géante où chacun des 12 cercles représenterait une heure du cadran. 

Dans cette série, vous avez un petit préféré ? 

Je dirais le collage représentant le mode colorimétrique CMJN. C’est le seul où je n’ai pas créé de fond, puisque j’ai travaillé avec La Ficheuse, une artiste qui pratique également le collage de rue. Mon collage mélange papier et aluminium, ce qui le fait briller à la lumière. 

Quelles sont vos influences ? 

Il y en a surtout trois. Dan Hillier, un artiste illustrateur londonien qui crée des pochettes d’album : j’aime beaucoup son univers fantastique, inspiré du style de l’époque victorienne. Côté musique, les mélodies du groupe de rock australien Tame Impala m’accompagnent souvent lors de la création de mes collages. Et enfin, Jiří Kolář, un poète et collagiste tchèque dont j’admire beaucoup le travail. 

Des projets pour l’avenir ? 

Je réfléchis à un projet en collaboration avec l’association Un mur dans le réel, qui défend les murs d’expression libre, trop souvent prisés par les publicitaires et plus du tout par son objet initial. Je m’occupe également de créer une partie du décor d’une pièce de théâtre au mois de septembre 2018. Une très belle expérience. 

Préparez-vous une version 2 du projet Nexus ? 

Évidemment ! Je commence déjà à réfléchir à un projet similaire qui ferait référence au daltonisme. Ceux qui perçoivent les cou- leurs de manière tout à fait normale pourraient voir comment les daltoniens les perçoivent. 

sebastienmarsillon.fr 


Biographie 

Sébastien Marsillon est né en 1993. Après une licence d’arts appliqués à Nîmes, il s’installe à Toulouse il y a trois ans, où il est actuellement graphiste. 

Photos : Sébastien Marsillon 

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