Jonathan Soulié, un drôle de dinandier

Cet artisan d’art modernise un métier devenu rare : la dinanderie. Découverte de son atelier gaillacois.

Il se sent à la fois « dinandier, artisan d’art, designer et aussi artiste, mais un drôle d’artiste ». Jonathan Soulié exerce depuis peu de temps un métier rare et en perdition, mais s’est déjà fait un nom dans la région. Il a choisi de remettre au goût du jour la dinanderie d’art. Depuis quelques mois, on l’a vu exposer certaines de ses créations chez Meubles Delmas à Gaillac, lors de salons au Domaine de Montjoie à Ramonville et à Martres-Tolosane, ou encore dans la galerie toulousaine Le 6 Bis de l’architecte d’intérieur Cécile Derrien.

Petit rappel historique

La dinanderie, c’est tout un art. Un métier traditionnel très proche de la chaudronnerie qui a fait les beaux jours d’une ville de la région Occitanie en particulier, Durfort. Dans le Tarn, cette bourgade était devenue un des trois haut lieux français spécialisés dans les objets culinaires en cuivre. Pendant six siècles, la fabrication de casseroles et chaudrons a prospéré sur le territoire. Un patrimoine important dans la région.

Une technique très fine

« Dans la chaudronnerie, il y a beaucoup de soudures, explique Jonathan Soulié, alors que dans la dinanderie, la pièce est réalisée dans une seule feuille de métal. Cela consiste à la refermer sur elle- même par martelage manuel, c’est un travail plus technique et plus fin. » Lui travaille le cuivre, le laiton, l’aluminium, l’étain et d’autres métaux non ferreux.

Des travaux de réhabilitation

Il a découvert ce métier d’art à l’occasion de la restauration de sa maison, dans le Gaillacois. En pierre, mais entièrement recouverte de béton, la bâtisse de 1720 méritait une réhabilitation dans les règles de l’art. « Pour lui redonner un âme, nous avons souhaité la restaurer en utilisant les techniques traditionnelles », précise-t-il.

Un savoir-faire en perdition 

Ce savoir-faire, il est allé le chercher à Durfort, auprès de Jean- Jacques Bonnafous, le dernier chaudronnier encore en activité de la ville. L’atelier qu’il tient est dans sa famille depuis 100 ans mais va malheureusement bientôt fermer. « Cette rencontre, le fait que ce patrimoine soit ancestral et que presque plus personne ne le pratique – plus qu’une quinzaine de professionnels en France –, toutes ces raisons ont fait que j’ai voulu sauver ce savoir-faire, confie-t-il, mais en l’amenant vers autre chose. »

Une niche contemporaine

Jonathan Soulié s’est engouffré dans une niche, en allant vers une démarche plus haut de gamme et notamment vers les arts décoratifs contemporains. « Aujourd’hui, je fabrique des luminaires, du mobilier, des objets, des sculptures et de l’aménagement intérieur. » À destination d’une clientèle très ciblée : les particuliers sensibles à l’artisanat d’art, mais surtout les professionnels (architectes d’intérieur, décorateurs, galeries d’art…).

Une reconversion courageuse

Ce Tarnais d’origine, créatif dans l’âme, s’est lancé à corps perdu dans sa nouvelle passion. Il travaillait jusque-là dans un bureau d’études techniques mais avait toujours été attiré par les travaux manuels. « Ça m’est tombé dessus sans chercher, se remémore-t-il. C’est devenu trop présent dans ma vie, il a fallu faire un choix. » Après s’être formé pendant plusieurs mois auprès d’Olivier Courtot, Meilleur Ouvrier de France et Compagnon du Devoir à Niort, il crée son atelier chez lui, en mars 2018, dans une ancienne métairie.

Des techniques et outils d’antan

Les outils nécessaires à cette activité (de dinandier, de chaudronnier et même d’orfèvre et de carrossier), il les a soit chinés, soit fabriqués lui-même. Sa « bonne étoile » lui a permis de récupérer un lot d’outils de dinandier des années 50 auprès d’un collectionneur à Orthez. De vieux outils aux jolis noms : tête de serpent, queue d’hirondelle… « La technique de la dinanderie me permet de refermer une forme sur elle-même, mais pour cela je dois régulièrement changer d’outils. Pour une seule pièce, je peux utiliser plusieurs dizaines de tas, marteaux et maillets différents », confirme-t-il.

Un trésor de patience

De nombreuses étapes amènent à la création d’une nouvelle pièce. Au préalable, il fait un travail de dessin et de calcul pour créer un gabarit. Ensuite, après avoir découpé une plaque de métal, il alterne les phases d’emboutissage, sous planage et planage qui lui permettent de mettre en forme sa future création. Ces étapes minutieuses nécessitent jusqu’à un coup de marteau par seconde. Soit en moyenne 200 000 par pièce. Il lui faut donc une grande concentration mais aussi beaucoup d’énergie… et de patience !

Des pièces uniques

Ses pièces sont uniques. Il les laisse à nu ou habille le métal de feuille d’or, de laque contemporaine ou de patine dont il invente lui-même les recettes. Ses inspirations viennent de la nature ou l’auto-mobile. « J’ai passé mon enfance au milieu des bois et des champs, d’ailleurs je suis toujours dans les vignes, donc je m’en inspire, précise-t-il. J’aime aussi beaucoup les lignes des voitures des années 30 ou 60. » Sa petite touche personnelle, faire des mariages entre les matières brutes, les laques et les patines, pour aller vers des couleurs inédites : vert de gris, bleu violet… Sa seule limite, son imagination.

www.jonathan-soulie.com

Photos : Jonathan Soulié 


Révélations
Jonathan Soulié fait partie des 12 artisans d’art retenus pour exposer une pièce sur le stand de la Région Occitanie lors du Salon Révélations, la Biennale internationale des métiers d’art & de la création, qui aura lieu du 23 au 26 mai, à Paris, au Grand Palais. Il y présentera une pièce unique, spécialement créée pour cet événement d’envergure.
www.revelations-grandpalais.com


 

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