CercuS : la marqueterie comme seconde peau

Spécialisé dans la marqueterie de paille à Toulouse, Jean-Baptiste Saint-Criq fait perdurer un métier (trop) rare en France mêlant artisanat et art.

Une définition pour commencer ?

La marqueterie relève de la déco, c’est un peu comme une peau utilisée pour habiller tout type de support, une enveloppe rapportée avec une multitude de finitions possibles. C’est avant tout un travail de composition, une superposition de matières avec une combinaison de couches et de rythmes différents.

Comment avez-vous plongé dedans ?

J’ai commencé par apprendre l’ébénisterie au lycée professionnel de Revel. Puis je me suis spécialisé dans la marqueterie qui m’a fait découvrir que l’on peut jouer avec les essences, les nœuds, les veines, les champignons, tous ces « défauts » du bois qui ne sont pas utilisés en ébénisterie qui recherche la linéarité ou l’uniformité. À l’inverse, la marqueterie permet d’explorer un univers graphique extrêmement varié, j’y ai trouvé mon terrain de jeu.

Quels matériaux utilisez-vous ?

Pendant ma formation, j’ai découvert le travail de Georges Vriz, un célèbre marqueteur qui a développé une technique particulière : superposer plusieurs couches de feuilles de bois et par ponçage, faire apparaître les bois et motifs en arrière-plan. Je me suis inspiré de son travail artistique, en détournant sa technique avec de la paille de seigle, pour proposer une nouvelle matière sous forme de placage.

D’où vient votre paille ?

Mes fournisseurs sont en Saône-et-Loire, ils la cultivent et la transforment en petites bottes teintées. Je dispose de plus de 50 nuances de paille.

Combien de couches utilisez-vous ?

C’est très variable. Par endroit il peut y en avoir une seule et à côté, je peux monter jusqu’à 5 ou 6, en fonction du motif linéaire ou croisé, en jouant aussi sur les nuances ou les rythmes de la paille.

Quels sont vos motifs de prédilection ?

Je peux tout faire à la demande, mais par rapport aux motifs classiques comme les frises ou les soleils de l’époque, je préfère innover avec un graphisme plus contemporain et coloré, en utilisant aussi de nouvelles techniques et divers matériaux et finitions.

Quand avez-vous créé CercuS ?

Après mes sept ans de formation et après avoir exercé pendant six ans dans la menuiserie puis l’agencement de mobilier et de cabine aéronautique VIP, j’ai créé ma propre marque fin 2015, pour développer la marqueterie de paille. CercuS est une société spécialisée en marqueterie, qui propose aussi des prestations d’ébénisterie (création, restauration) et d’agencement.

Pour quelles applications ?

Dans le domaine du luxe, les particuliers comme les professionnels (agenceurs, architectes, décorateurs d’intérieur, grandes maisons de style et de tendance…) font appel à mes services pour des meubles sur-mesure : table, meuble télé, cabinet de curiosité, sellette, luminaire… Je propose aussi des panneaux décoratifs ou des tableaux : c’est de la création artistique pure, que j’expose régulièrement.

Quelles sont vos inspirations ?

J’aime les choses simples et minimalistes, comme Soulages avec ses lignes et ses jeux de lumière. Je suis aussi très attiré par l’univers du street art. J’ai déjà travaillé avec des graffeurs et le travail à 4 mains me plaît énormément. Avec le sculpteur toulousain Eric Valat, nous venons par exemple de transformer un meuble en sculpture animale.

Vous avez d’autres projets ?

Je travaille sur la customisation d’une moto avec du bois et du laiton, pour BMW Moto Ride à Labège. Je dois bientôt démarrer une mission avec une société spécialisée dans l’agencement de cabines VIP dans l’aéronautique. Et je prépare un projet plus personnel : un beau coffret pour présenter mon travail à mes prospects et contacts.

Photos : Johanna Jardin

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